25.01.2012
Vidéo de la mobilisation parisienne du 14 Janvier

On vous en parlait précédemment, le collectif a donc effectué sa première action le 14 Janvier Place d'Italie. Était au programme du tractage et débat avec les passants réceptifs (assez nombreux au final), distribution de préservatifs (masculins et féminins) et brochures sur le VIH et les IST fournis par sida info service, signature de la pétition...
Parce qu'on ne vous a pas dit mais nous avons mis une pétition en ligne ! Elle a recueilli 314 signatures à ce jour, bientôt la votre si ce n'est pas déjà fait ? C'est en tout cas par ici pour la signer.
Nous avons aussi eu la visite de trois des Sœurs de la perpétuelle indulgence, qui ont apporté une bonne dose de bonne humeur et de couleurs dans le froid parisien, nous les remercions de tout cœur.
Et puisque dans le fond, les images parlent bien mieux que les mots, voici une vidéo réalisée et commentée par Sylvainj pour vous résumer cet après-midi militante, en espérant que cela donnera envie à certains de nous rejoindre pour une prochaine mobilisation. Mais ça, on vous en reparlera le moment venu. Les photos sont aussi à venir. En attendant, n'hésitez pas à partager la vidéo sur divers réseaux sociaux ou à la montrer autour de vous.
A voir ici.
A noter également, le reportage de Yagg que nous remercions de tout coeur.
20:45 Publié dans Evènement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : reportage, don du sang, action, paris
Mobilisations de Janvier 2012 à Paris et en province
À part notre mobilisation de samedi prochain, trois autres évènements sont prévus pour ce mois de janvier, à Paris comme en province :
Premier évènement : "Arrêté d'interdiction du don du sang pour les gays 3 ans déjà !!"
Cet après-midi, jeudi 12 janvier 2012, de 18h à 19h
Devant le ministère de la santé
Place Laroque (au coin de l'avenue Duquesne et de l'avenue de Ségur)
7ème arrondissement de Paris
RATP : École Militaire (métro 8 - bus 28, 80, 82, 87, 92)
Mobilisation lancée par l'association Pourquoi Sang Priver qui milite pour l'ouverture du don du sang aux HSH :
"Pour "célébrer" à notre façon l'anniversaire de l'inscription dans la loi de l'interdiction du don du sang pour les homosexuels (arrêté ministériel du 12 janvier 2009) et afin de se rappeler au bon souvenir de Xavier Bertrand qui se caractérise par son immobilisme sur le sujet alors qu'il clame à qui veut l'entendre qu'il est favorable à l'ouverture. "
Évènement Facebook : http://www.facebook.com/events/218305771585832/
Blog de l'association : http://www.pourquoi-sang-priver.com/
Deuxième évènement : "Mobilisation parisienne pour le don du sang"
Action de notre collectif à Paris (Place d'Italie), samedi prochain 14 janvier 2012, 14h-17h.
Voir l'article détaillé sur cette action ici : http://tousreceveurstousdonneurs.yagg.com/2012/01/11/mobi...
Troisième évènement : "Mobilisation lyonnaise pour le don du sang"
Mercredi prochain, 18 janvier 2012, de 16h à 19h
Place de la République
2ème arrondissement de Lyon
TCL : Métro Bellecourt (lignes A et D) / Cordeliers - Bourse (ligne A)
Mobilisation lancée par l'association Pourquoi Sang Priver qui milite pour l'ouverture du don du sang aux HSH : "À l'occasion d'une collecte de l'EFS qui installera un bus de prélèvement place de la république à Lyon le mercredi 18 janvier de 11h à 19h, nous irons alerter l'opinion publique lyonnaise sur l'interdiction qui frappe les homosexuels à ce sujet."
Évènement Facebook : http://www.facebook.com/events/359298244086932/
Blog de l'association : http://www.pourquoi-sang-priver.com/
Quatrième évènement : "Blood' in, le quatrième !"
Samedi 21 janvier 2012, de 10h à 12h30, pendant la collecte de sang
Mairie de Toulouse
Place du Capitole
31 000 Toulouse
TISSEO : Métro Capitole (ligne A)
Mobilisation lancée par le collectif Homodonneur qui milite pour l'ouverture du don du sang aux HSH :
"Il s'agira, pour les plus motivés, de venir le matin dès 10h tracter auprès des donneurs et passants lors de la collecte de sang. "Mon sang pour les autres". Ensuite, notre traditionnelle haie de bras d'honneur aura lieu devant la mairie (photos assurées par nos soins, ainsi que journalistes présents). Enfin, pour celles et ceux qui le souhaiteront, repas pris en commun dans une sandwicherie ou autre. L'apéro est offert par le collectif, évidemment qu'il s'agira de sangria !"
Évènement Facebook : https://www.facebook.com/events/321784581187352/
Groupe Facebook du collectif : https://www.facebook.com/groups/113488218027/
20:43 Publié dans Evènement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : action, don du sang, paris, province
Interview avec une journaliste de RFI sur le don du sang en France, en Anglais
Souvenez vous, mi-décembre un membre de notre Collectif Tous receveurs, tous donneurs, donnait une interview à une journaliste de radio RFI, nous avons bien évidemment filmé l'évènement.
Pour le moment, elle n'est disponible qu'en anglais.
Un second article sera consacré à la vidéo sous titrée en français très prochainement.
Vous pouvez aussi l'écouter directement sur Radio RFI
Voici l'interview en intégralité en anglais :
http://youtu.be/pkoIDBP7O-I
20:42 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : interview, collectif, rfi
Mobilisation parisienne du 14 Janvier
Et voilà, nous y sommes. Le Collectif "Tous Receveurs, Tous Donneurs", créé en octobre 2011, mènera samedi prochain sa première opération de mobilisation.
Samedi 14 janvier 2012, de 14h à 17h
13ème arrondissement de Paris
Place d'Italie
RATP : Métros 5, 6 et 7 - Bus 27, 47, 57, 64, 67 et 83.
Notre stand se tiendra près du lieu mobile de collecte de sang de l'Établissement Français du Sang (EFS), non loin du centre commercial Italie 2. Pour un premier évènement notre objectif n'est pas de faire une mobilisation de masse, mais cela ne nous empêche pas de vous y inviter, Yaggeurs, Yaggeuses, et plus largement toute personne qui se sent intéressée ou concernée par cet évènement : vous serez les bienvenus.
Notre mobilisation se fera autour de trois axes principaux :
Premier axe : La sensibilisationn du grand public à cette interdiction. À cette occasion, nous irons vers les passants dans la rue pour les informer et engager une démarche de dialogue, et pour ceux qui le désirent leur faire signer notre pétition pour que cette discrimination cesse. Car oui, peu de personnes le savent : nous rappelons qu'aujourd'hui en 2012, un arrêté ministériel datant de 1983 et réaffirmé par l'arrêté Bachelot du 12 janvier 2009 établit l'interdiction formelle et à vie à tout homme ayant déjà eu une relation sexuelle avec un autre homme (HSH) de donner son sang, quelles que soient les pratiques sexuelles et quel que soit le niveau de risque et la présence ou non de protection. Pour donner son sang, on doit remplir un questionnaire de santé sur ses antécédants médicaux, touristiques et sexuels, questionnaire dans lequel il est clairement demandé aux hommes s'ils ont déjà eu une relation sexuelle avec un autre homme. Si c'est le cas, vous êtes interdit de don du sang, de plaquettes et de plasma à vie, et vous êtes fiché dans les fichiers de l'EFS comme tel avec une codification spécifique. C'est la fiche de Cyril Chevreau, président de l'association Pourquoi Sang Priver, qui m'a rappelé quel était ce fameux codage que l'on met sur les fichiers du don du sang : VI12. Oui, sur les fichiers de l'EFS les HSH listés sont "Non prélevables, contre-indication VI12" (une belle formulation chiffrée pour dire "Je ne veux pas de ton sang parce que tu es homosexuel"). Sur ta fiche, il est écrit que ta contre-indication prend fin le 10 mars 2096, alors patience, après tout qu'est-ce que c'est que d'attendre 84 petites années supplémentaires pour pouvoir donner son sang à nouveau ?
Deuxième axe : Faire de la prévention IST/SIDA. Avec distribution de tout plein de préservatifs à la clé, car rappelons-le, qu'il soit masculin ou féminin, ce merveilleux petit bout de latex reste le seul et unique moyen de protection contre les Infections Sexuellement Transmissibles (IST), et notamment la seule protection contre le Virus de l'Immunodéficience Humaine (VIH) responsable du Syndrome de l'Immunodéficience Acquise (SIDA). Se faire dépister régulièrement dans les Centres de Dépistage Anonyme et Gratuit (CDAG) est aussi un moyen de se montrer responsable de sa santé.
Nous avons la volonté de montrer aux décideurs que les gays, les bisexuels et les HSH de manière plus général, sont des personnes responsables et conscientes de la prévention contre les IST et de ses enjeux, et qu'à ce titre nous pouvons donner notre sang avec un risque aussi bas que les autres groupes de population.
Pour information, le CDAG le plus proche de la place d'Italie et à l'Hôpital de la Pitié-Salpétrière (métros Saint-Marcel, Gare d'Austerlitz et Chevaleret).
Troisième axe : Faire campagne pour le don du sang. N'oublions pas l'essentiel : notre volonté est aussi d'inciter les citoyens qui n'ont pas de contre-indication à aller dans les locaux de collecte de l'Établissement Français du Sang pour donner leur sang, car nous-même militons pour pouvoir donner notre sang et aider l'EFS qui vit des épisodes réguliers de cruel manque de sang. Donner son sang ne prend pas beaucoup de temps (l'entretien médical et le don durent environ une demi-heure au total) et permet de sauver des milliers de vies à travers le pays. Pour ce week-end vous pouvez donner votre sang total à la place d'Italie, mais si vous voulez continuez plus tard sachez que vous pouvez donner aussi vos plaquettes ou votre plasma dans des lieux de collecte fixe en semaine. Donner son sang est sans danger quand on est en bonne santé, et les équipes de l'EFS sont très accueillantes et chaleureuses avec les personnes qui font la démarche altruiste et cityonenne de donner leur sang. Si vous aviez prévu de donner votre sang ce jour-là n'oubliez pas de bien manger avant.
Pour information, quand ce lieu de collecte pliera bagage, les lieux de collecte fixes près de la Place d'Italie sont à l'Hôpital Saint-Vincent de Paul (métro Denfert-Rochereau) et à l'Hôpital de la Pitié-Salpétrière.
Nous vous souhaitons à toutes et à tous une bonne journée, et on se dit à samedi pour ceux qui voudront partager cette expérience avec nous.
Évènement Yagg : http://yagg.com/agenda/mobilisation-parisienne-pour-le-do...
Évènement Facebook : http://www.facebook.com/events/165839343520142/
20:40 Publié dans Evènement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : don du sang, action, paris
"Mon orientation m'empêche d'être utile aux autres", témoignage d'une lesbienne refusée du don du sang
Il n’y a pas que les hommes qui se font refouler en raison de leur homosexualité. Je ne sais pas si je suis un cas rare mais en tout cas je ne suis pas un cas unique car cette « mésaventure » est arrivée à d’autres amies.
Je suis d’un groupe sanguin assez rare (A-) et sensibilisée tôt à l’importance du don du sang, dès la première collecte organisée sur mon lieu d’étude une fois mes 18 ans passés, je me suis précipitée.
L’accueil par le médecin a été franchement glacial : est-ce les tatouages ? Je ne le saurais jamais.
Je suis reçue par un médecin et l’interrogatoire commence. La fameuse question arrive « avez-vous eu des relations homosexuelles ? » et ma réponse fuse « oui ». Le médecin s’arrête d’écrire, lève la tête et me dit « dans ce cas, vous ne pouvez pas donner votre sang, vous pourrez retourner à vos études ! » Interloquée, je lui demande la raison de ce refus, et me vois répondre qu’en tant que médecin, il n’a pas de justifications à me donner, que les critères de sélections sont très complexes et que je ne peux pas en comprendre la subtilité. J’insiste en lui demandant si cela est lié à mon homosexualité et il me répète que les critères de sélection sont très complexes.
Je sors complètement sonnée, avec l’impression d’avoir été victime de la première vraie discrimination homophobe de ma vie adulte. Je m’en vais un gout amer dans la bouche et malgré moi … j’ai honte ! Oui, par un retournement psychique, je prends la honte à mon compte. J’ai eu la chance d’avoir des parents pour qui mon homosexualité n’a jamais été problème, j’ai bien subi quelques réflexions haineuses dans mon lycée de banlieue mais j’ai toujours eu autour de moi le soutien d’amis voire de profs qui osaient des parallèles entre homophobie et racisme (thème porteur dans un lycée de ZEP).
Et là en sortant de ce camion, J’AI HONTE. L’autorité médicale au nom d’un savoir inconnu m’estime moins « bonne » que d’autres à donner mon sang. Mon orientation sexuelle m’empêche d’être utile aux autres… Ils auraient dû avoir honte, mais j’ai honte et je ne parlerai à personne de ce rejet (même pas à mon amie de l’époque).
6 mois plus tard, une autre collecte est organisée. Comme je suis têtue, je me présente à nouveau… et là aucun problème ! Je réponds aux questions, je donne mon sang, je mange ma collation dans la bonne humeur avec l’équipe et je ressors du car avec la conviction que je suis tombée la 1ère fois sur un médecin homophobe.
Je reçois ma carte de donneur avec fierté. Je redonne mon sang dans un autre cadre et là le médecin me parle du don de plaquettes (très important dans mon cas en raison de mon groupe rare). Il m’explique les besoins vitaux en plaquettes, la procédure (aller à l’hôpital, prévoir une demi-journée, etc.).
Quelques mois plus tard, je bloque un après-midi et je me rends dans un grand CHU du centre de Paris. Je me présente et je rencontre un médecin pour un interrogatoire. Et là, bang, un coup de massue derrière la tête, je suis de nouveau refusée quand arrive la question des rapports homosexuels. Je ne comprends pas, j’essaie de discuter, d’avoir des informations… « Nous ne pouvons prendre aucun risque » Mais quels risques ? Je suis en couple de façon stable, j’ai donné mon sang, il y a 6 mois sans problème ! Je me heurte à un mur.
Cette fois je repars furieuse, je déchire ma carte de donneur dans la rue et me dis qu’entre mentir et ne plus donner mon sang, je choisis la seconde option. J’ai 21 ans et je ne donnerai plus mon sang.
A 25 ans, suite à un grave accident de la route, je serai à mon tour transfusée, ce qui m’exclut de fait de la liste des donneurs potentiels. Je n’ai plus à me poser la question mais je garde une blessure réelle de ces refus : citoyenne de seconde zone interdite de mariage, d’adoption et … de don du sang.
20:39 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : don du sang, témoignage
Don du sang : l'action de FAG le 12/12/11 racontée par Mike
Mobilisation de Fac Aix Gay lors du don du sang à la Faculté de lettres et sciences humaines d’Aix en Provence le 12 décembre 2011.
L’association FAG dont je fais partie a décidé de se mobiliser lors de la dernière collecte de sang organisée à la fac d’Aix en Provence, pour protester contre la disposition homophobe qui interdit aux “homosexuels mâles”, voire aux lesbiennes, sans oublier évidemment les transsexuels MTF en transition et les bisexuels, de faire don de leur sang.
Notre association étant située en province et l’organisation de cette action ayant été rapide, puisque l’appel au don a été diffusé tardivement, nous n’avons pas pu mettre en place un énorme rassemblement.
Nous avons cependant réuni quelques membres et statutaires de FAG afin de tracter en face du camion de don, et de faire une mini manifestation en règle, pancartes à la main :
Les tracts que nous avons distribués :
Si les étudiants présents pour donner leur sang, ou passant devant le camion avaient plutôt l’air de nous soutenir dans notre action ( certains sont même venus nous aborder très gentiment pour nous signifier leur soutien et leur étonnement face à cette interdiction ), il s’avère qu’un des membres de l’EFS a assez mal pris notre petite manifestation.
Ce Monsieur est en effet sorti à plusieurs reprises de son camion en nous accusant d’empêcher les gens de donner leur sang (ce qui bien entendu était faux, et même contraire à notre message ), nous reprochant de ne pas savoir de quoi nous parlions, puisque « nous n’avions pas fait médecine », tout en refusant bien évidemment d’écouter ce que nous avions à dire.
Lorsque nous n’avions plus de tracts, nous avons pu nous venger (gentiment) à notre manière en collant nos propres pancartes sur les affiches d’appel au sang, s’attendant à ce que celle ci soient arrachées très vite, ce qui n’a pas été le cas et nous en sommes ravis.
Vu le nombre de personnes qui découvraient cette interdiction, et le soutien de la majorité des étudiants qui passaient, bref le succès de cette petite action, nous allons bien évidemment recommencer et faire plus fort au prochain don du sang organisé sur la Fac d’Aix en Provence ou de Marseille. Nous mettrons en place une pétition, on compte sur vous pour la signer.
20:36 Publié dans Evènement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : don du sang, action, aix en province
"On se moque pas mal de savoir qui a donné son sang", témoignage de Céline
Mon témoignage sera court, car je ne rentrerai pas dans les détails cruels ou morbides qui font s'apitoyer.
Ma mère a résisté comme elle a pu à la maladie. C'est long de résister. C'est épuisant de résister. Et pour l'entourage, c'est désespérant de résister. À un certain point, une transfusion contribue à cette résistance.
Alors lorsqu'on assiste à tout ça, avec toute l'impuissance du monde, et qu'on vous dit : une transfusion, ça va l'aider et lui faire du bien... On se moque pas mal de savoir qui a donné son sang. Un homosexuel, une vierge, un jeune, un quinquagénaire, un obsédé sexuel, un moine, un Noir, un Blanc, un homme, une femme, un imbécile ou un polytechnicien, un fumeur, un végétarien, quelqu'un qui aime ses enfants ou quelqu'un qui les méprise... Tout ce qu'on sait, tout ce qu'on comprend, c'est que du sang sain, "ça va l'aider et lui faire du bien..."
Le don du sang, pour elle, pour moi, ç'a été un don de temps. Un peu plus de temps ensemble. On avait encore tant de choses à se dire. Le temps nous a été précieux.
20:33 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : don du sang, témoignage
"Un sang pareil au mien", témoignage de Canard Langlais
Sur son blog Les Aventures parisiennes de Canard Langlais, un volatile raconte son premier don du sang...
Alors que Canard Langlais se promenait le long du canal Saint-Martin par un samedi ensoleillé, accompagné d’un bon ami, Pigeon Lamoureux, il se trouva bec-à-bec avec une publicité pour le don du sang: « une urgence vitale, faites don de votre sang », pouvait-on lire sur le panneau publicitaire.
Lamoureux remarqua que Canard était sensible à la publicité. « Je suis allé donner mon sang il y a trrrrroois semaines, dit Lamoureux en roucoulant. J’aime bien pouvoirrrr me sentirrrrr utile de cette façon. Une piqûrrrrrre et en quelques minutes, tu as fait un bel acte pourrrrr sauver des vies… » Canard écoutait attentivement son ami et se dit que lui aussi pourrait aller donner son sang. Après tout, il aimerait pouvoir participer à cette bonne action et sauver des vies, non ?
C’est alors qu’il se rendit dans un centre de don du sang plus tard dans l’après-midi. A son arrivée, un médecin le reçut dans un cabinet d’une blancheur stérile.
- C’est gentil à vous d’être venu, très cher Canard…?
- Langlais, dit notre ami Canard honnête.
- Bien. Donner son sang se fait dans un cadre légal, comprenez-vous, lança le médecin en rejoignant son bureau.
Il s’assit et mit ses lunettes, ce qui lui conféra une autorité médicale encore plus forte.
- Êtes-vous de la famille des anatinae, Monsieur Langlais ? demanda le médecin sur un ton inquisiteur.
- Oui, tout à fait, répondit Canard naïf.
- Mmmh, fit le médecin le regard réprobateur. N’êtes-vous donc pas au courant de la loi, Monsieur ? Dans quel monde vivez-vous ?
Canard était décontenancé. Il venait faire don de son sang et voilà qu’on lui parlait de la loi. Canard prit peur. Etait-il hors-la-loi ? Le médecin continua quelque peu arrogant sur un ton académique :
- Monsieur, je suis au regret de vous apprendre que vous n’êtes pas autorisé à donner votre sang dans le cadre légal en vigueur dans ce pays. La grippe aviaire étant statistiquement plus fréquente chez les canards – en particulier les canards des champs -, tout don du sang d’anatinae est proscrit jusqu’à nouvel ordre. Vous me voyez là désolé de devoir décliner votre offre de sang.
- Mais enfin, Docteur, comprenez que je n’ai pas la grippe aviaire. De plus, je suis un canard des villes.
- Là n’est pas la question.
- Pourquoi interdire à tous les anatinaes le don ?
- Voyez avec le gouvernement.
- Pourquoi…
Le médecin interrompit Canard:
- Vous perdez votre temps, Monsieur. Et en perdant le vôtre, vous me faites perdre le mien. Je vous remercie de votre visite. Le refus ne ternit en rien la vertu de votre action.
Puis le médecin quitta le bureau, laissant Canard coi.
Canard se sentit mal. Comment se pouvait-il qu’une loi si absurde, comment dire… abjecte, puisse avoir été votée ?!? En quittant le centre de don, il se promena triste dans les rues de Paris. Sur le chemin, les passants le regardaient. L’observaient-ils, lui le canard, l’anatinae, le proscrit de donner son sang ? Allaient-ils le démasquer, l’exclure de la société pour le fait d’être un anatinae ?
Canard s’assit dans le fond d’un café aux murs sombres, ne sachant plus que faire. Fallait-il qu’il se cache ? Fallait-il au contraire qu’il s’affiche et lutte contre cette discrimination ?… Tiens, tiens, tiens… discrimination. Le mot lui vînt naturellement à l’esprit. En effet: il s’agissait bien là d’une discrimination.
20:32 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : don du sang, témoignage
Entretien avec Christophe Martet de Yagg autour du VIH et du dépistage : partie 1
À l’occasion de sa réunion hebdomadaire, le collectif Tous Receveurs, Tous Donneurs a eu la chance de rencontrer Christophe Martet, de Yagg.com. Nous partageons avec vous cet entretien autour des thèmes du VIH et de son dépistage.
Mais qui est Christophe Martet ?
Christophe Martet, pour nous yaggeurs, est l’un des quatre cofondateurs de Yagg[1], notre média LGBT[2] indépendant, dont il est le directeur de la publication[3]. C’est avant tout un journaliste, au service Economie et Social de France Télévision dans les années quatre-vingt, puis comme rédacteur en chef adjoint chez Têtu[4] jusqu’en 2007. Cet ancien président d’Act-Up, de 1994-1996, auteur du livre Les combattants du SIDA [5] et coréalisateur du documentaire Nous sommes éternels, est un spécialiste de la pandémie du SIDA en France.
Autant dire qu’il sait de quoi il parle !
Qu’est-ce qui vous choque dans l’interdiction au don du sang des HSH[6] ?
C’est ainsi que débute notre entretien, par un tour de table à l’initiative de Christophe. En bon pédagogue, il prend la mesure de notre indignation : absence de confiance, sur fond d’homophobie rampante, stigmatisation de pratiques sexuelles, atteinte à la dignité des HSH…
Un point sur la pandémie en France
Christophe nous a exposé ensuite l’état des lieux de la pandémie, en nous présentant les différentes études menées en France.
- Enquête PREVAGAY
L’enquête PREVAGAY est une « enquête de séroprévalence VIH auprès des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes fréquentant les établissements de convivialité gay parisiens » menée par l’Institut de veille sanitaire (InVS). Elle s’est déroulée du 28 avril au 5 juin 2009 dans 14 établissements commerciaux de convivialité gay parisiens[7]. Elle a été relayée par Yagg.com dans une vidéo que vous pouvez revoir ici : clic
917 hommes ayant accepté de participer à l’enquête, 917 buvards ont été analysés par le Centre National de référence pour le VIH. Les anticorps anti-VIH, les antigènes HBs, les anticorps anti-VIH ont fait l’objet d’une recherche. Après validation, 886 sérologies-questionnaires ont été validés.
L’estimation de la prévalence pour le VIH parmi les HSH
fréquentant les lieux de convivialité gays parisiens
|
Données biologiques |
Nombre |
% |
|
Séropositifs |
157 |
17,7 % |
|
Séronégatifs |
729 |
82,3 % |
|
Total |
886 |
100 % |
|
Données biologiques et déclaratives |
Nombre |
% |
|
Séropositifs biologiques et déclarés |
126 |
14,2 % |
|
Séropositifs biologiques non-déclarés |
31 |
3,5 % |
|
Non testés |
7 |
22 % |
|
Se pensant séronégatifs |
16 |
52 % |
|
Séro-interrogatifs |
8 |
26 % |
|
Séronégatifs |
729 |
82,3 % |
|
Total |
886 |
100 % |
17,7 % des personnes testées sont séropositives, pour un âge médian de 40 ans [24-77]. Ces hommes, d’un niveau d’études élevé, sont majoritairement nés en France, vivant en Ile de France et pour moitié seuls. Ils déclaraient un nombre important de partenaires sexuels occasionnels dans les 12 derniers mois [8].
Parmi les séropositifs, 80,25 % s’étaient déclarés ainsi, soit 14,2 % du total des personnes testées. Parmi les séropositifs biologiques, 19,75 % ne se sont pas déclarés ainsi, soit parce qu’ils n’avaient pas été testés jusque-là (22 % des cas soit 0,79 % du total des personnes testées), soit parce qu’ils se pensaient séronégatifs (52 % des cas soit 1,81 % du total de l’échantillon) soit, enfin, parce qu’ils s’interrogeaient quant à leur sérologie (26 % des cas soit 0,9 % des 886 buvards testés).
L’enquête PREVAGAY montre une prévalence importante (17,7 %) chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes fréquentant les établissements de convivialité gay parisiens. Elle confirme qu’il faut accentuer les efforts de prévention et d’incitation au dépistage.
Cependant, pour ce qui nous intéresse, c’est-à-dire l’interdiction faite aux HSH de donner à vie leur sang, il convient de noter que « seulement » 1,81 % des personnes testées étaient séropositives alors qu’elles se pensaient séronégatives.
- Enquête PRESSGAY
Il s’agit d’une enquête réalisée en 2004 par le biais de deux supports : la presse identitaire [9] et Internet[10], l’échantillon est constitué sur la base du volontariat, avec une administration moyenne d’une heure. Le recueil des questionnaires sur papier issus de la presse s’est déroulé d’août 2004 à février 2005, quant au questionnaire en ligne, il s’est déroulé du 20 septembre au 31 octobre 2004.
4749 questionnaires presse et 1435 questionnaires internet ont été dépouillés, représentant 6184 personnes, d’une moyenne d’âge de 36,6 ans, au niveau d’études plutôt élevé[11].
83,75 % des répondants disent avoir eu recours au test de dépistage VIH au cours de leur vie. Parmi eux, la date du dernier dépistage se répartit de la sorte : 40 % au cours des 6 derniers mois, 16 % dans les 7-12 mois, 17 % dans les 13-24 mois et 27 % au-delà de 2 ans. En 2004, selon l’enquête KABP, 10,6 % des hommes, toutes populations confondues, avaient eu recours à un test de dépistage lors des douze derniers mois [12]et 66,2 % des hommes franciliens déclaraient avoir effectué un test de dépistage dans leur vie.
La prévalence VIH déclarée par les répondants testés est de 13%[13]
Caractéristiques des répondants séropositifs VIH
Ils sont âgés de 41 ans en moyenne, résident pour 47 % en région parisienne et connaissent pour moitié leur séropositivité depuis au moins 10 ans. Une grande majorité fréquente des lieux de rencontre (57 %) et a eu au cours des 12 derniers mois plus de 10 partenaires pour 59 %. 96 % déclarent avoir pratiqué la pénétration anale avec ces partenaires occasionnels. 56 % ont eu au moins une PANP[14]avec ces partenaires occasionnels au cours des 12 derniers mois.
Caractéristiques des répondants séronégatifs VIH
Âgés de 37 ans en moyenne, ils résident pour 37 % en Ile de France et plus de la moitié ne vivent pas seuls. Ils déclarent 2 (nombre médian de) tests de dépistage au cours des deux dernières années, et 45 % d’entre eux déclarent un test négatif au cours des 6 derniers mois. Ils sont moins nombreux à fréquenter les lieux de rencontre[15]que les séropositifs ou séro-interrogatifs. 32 % ont eu plus de 10 partenaires durant les 12 derniers mois et parmi ceux qui ont eu des rapports anaux avec ces partenaires occasionnels, 28 % ont eu au moins une PANP.
Dans l’enquête KABP de 2004, toutes populations confondues, 20,8 % des hommes ayant eu plusieurs partenaires déclarent avoir eu au moins une relation sexuelle non protégée.
- Enquête publiée pour le 1er décembre par l’Institut de veille sanitaire[16]
6300 nouvelles séropositivités ont été dénombrées en 2010, parmi les près de cinq millions de sérologies de dépistage du VIH réalisées en 2010 (77 sérologies pour 1000 habitants). Le nombre de découvertes est en légère diminution chez les hétérosexuels (3600 en 2010) et reste faible chez les usagers de drogues (environ 70) il augmente chez les HSH (2500 découvertes en 2010).
40 % des nouvelles découvertes concernent les HSH.
Petits rappels sur l’histoire naturelle de la maladie
- Diversité génétique du VIH
Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est un rétrovirus à ARN (acide ribonucléique), appartenant au genre des lentivirus (ayant pour caractéristiques essentielles d’avoir une longue période d’incubation et d’être cytopathogène, autrement dit, ils tuent les cellules qu’ils infectent).
Les VIH sont classés en deux grands types : le VIH-1 et le VIH-2
- Mode de transmission
Il y a trois modes de transmission :
La transmission sexuelle, la transmission par voie sanguine (le risque résiduel de contamination par transfusion sanguine était estimé à 0,3 pour 106) et la transmission materno-fœtale.
- Primo-infection et phases de la maladie
Un syndrome de primo-infection survient deux à quatre semaines après l’exposition initiale au VIH. Sur le plan virologique la primo-infection se caractérise par une réplication virale importante (virémie, présence du virus dans le sang, élevée = 106 à 107 copies / ml3)
Au fur et à mesure que la réponse immunitaire se met en place, la charge virale diminue progressivement.
90 % des patients non traités développent un SIDA (Syndrome d’ImmunoDéficience Acquise).
- Evolution des marqueurs biologiques au cours de la primo-infection
La présence d’une infection par le VIH se voit par la présence de différents marqueurs biologiques :
Phase initiale : durée moyenne de 11 jours, aucun signe
L’ARN viral peut être détecté à partir de 12 jours en moyenne
L’antigène 24 à partir de 17 jours
Les anticorps anti-VIH à partir de 22 jours.
- Caractéristiques des nouvelles découvertes de séropositivité et principales tendances
La proportion d’hommes parmi les découvertes de séropositivité augmente progressivement : 58% en 2003, 64% en 2006. Cette évolution est liée à l’augmentation de la proportion d’hommes contaminés par rapports homosexuels (de 21% en 2003 à 29% en 2006).
L’âge moyen de la découverte est de 37,7 ans (39,3 ans pour les hommes [42 ans pour les hétérosexuels et 37 ans pour les HSH] et 34,9 ans pour les femmes).
37% des découvertes concernent des personnes de nationalité étrangère (56% chez les femmes et 27% chez les hommes).
La population des HSH demeure en 2006 la population la plus touchée par l’infection par le VIH :
511 découvertes pour 100 000
Contre 6 chez les hommes hétérosexuels et 8 chez les femmes.
Le taux moyen annuel de découvertes de séropositivité est très hétérogène selon les régions :La Martinique : 176 cas par million d’habitants
L’Ile de France : 224 cas par million d’habitants
La Guyane : 891 cas par million d’habitants (chiffres 2005)
La Guadeloupe : 196 par million d’habitants (chiffres 2005)
Dans toutes les autres régions, les taux étaient compris entre 19 et 77 par million d’habitants !
[1] http://yagg.com/ ↑
[2] Lesbiennes, Gays, Bi-sexuel-les et Transexuel-les ↑
[4] Magazine LGBT ↑
[5] Les Combattants Du Sida, Christophe Martet, Flammarion - 01/04/1993 ↑
[6] Hommes ayant des relations Sexuelles avec des Hommes, d’après une abréviation employée par l’Etablissement Français du Sang ↑
[7] 9 saunas ou backrooms et 5 bars ↑
[8] « 26 % avaient eu plus de 50 partenaires. Quant aux pénétrations anales avec ces partenaires occasionnels, 57 % déclaraient avoir eu au moins une pénétration anale non protégée dans les 12 derniers mois. » ↑
[9] 16 revues : Têtu, Illico, All Man, Honcho, Fresh, 100% Beaux Gosses, Emale, Gay vidéo, Ibiza News, Lettre ouverte, Boomerang (antérieurement Pamplemousse), Oh ! Boys, IB news, JE, New PA, TBM.↑
[10] 10 sites internet identitaires gay : citegay.com, e-illico.com, Tetu.com, editions-rlo.com, Sida-infoservice.org, ligneazur.org, cglparis.org, gayfrance.com, Bbackzone.com, Smboy.net ↑
[13] Parmi les répondants ayant fait un test de dépistage au moins une fois au cours de leur vie : 72 % sont séronégatifs et 15% sont séro-interrogatifs, c'est-à-dire qu’ils ne sont plus certains d’être encore négatifs (11%) ou qu’ils ne connaissent pas leur statut sérologique (4%) ↑
[14] Pénétration anale non protégée ↑
[15] 40 % lieux de rencontre avec sexe et 25 % lieux de rencontre Internet ↑
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Témoignage banal d'un menteur O positif.
Pour ma part, le don du sang est une chose dont j’entends parler dans les médias (campagnes de don…) depuis que je suis tout petit. C’est un acte que depuis tout jeune j’ai voulu accomplir. En tant que citoyen en bonne santé, je considère que c’est mon devoir de participer à la partie « fraternité » de la devise de notre pays en donnant mon sang. Je considère qu’il est de mon devoir de participer à mon échelle à l’amélioration de la santé publique et de donner l’exemple à mon entourage en incitant toute personne qui a une petite demi-heure devant elle à aller donner son sang. Comme beaucoup de gens j’ai dans mon entourage des proches qui ont été sauvés grâce à une transfusion de sang, je me dis que ce don permettra peut-être à mon receveur d’inciter son propre entourage à donner son sang.
Mon université n’est pas loin d’un centre permanent de collecte de l’EFS (Établissement Français du Sang, chargé de la collecte et de la distribution du sang et de ses produits dérivés). Les jours où les stocks sont terriblement bas les employés de l’EFS viennent dans les locaux de notre faculté pour demander aux étudiants qui potassent à la bibliothèque universitaire s’ils peuvent donner leur sang. Entré mineur à l’université, j’ai toujours été frustré de voir l’appel à l’aide de l’EFS sans pouvoir y répondre : en effet un arrêté ministériel1 interdit le don du sang aux mineurs de 18 ans.
J’ai donc commencé à donner mon sang à mes 18 ans, date depuis laquelle je ne passe pas deux ou trois mois sans aller faire un tour dans les locaux de l’EFS. J’en profite au passage pour signaler que l’on peut donner son sang tous les deux mois pour un homme et tous les trois mois pour une femme. Pour tout le monde on peut donner son plasma toutes les deux semaines et ses plaquettes toutes les quatre semaines.
Comme tout candidat qui se rend dans un centre de transfusion, j’ai la certitude que mon sérum est VIH-1 nég / VIH-2 nég (les deux souches du VIH, le Virus de l’Immunodéficience Humaine), car je me fais dépister régulièrement et que je ne prends AUCUN RISQUE d’exposition au VIH. Ni un sérointerrogatif (une personne qui a des doutes sur son statut sérologique, qui ne sait pas si elle est séronégative ou séropositive) ni un séropositif dépisté n’auront en tête de faire la démarche d’envisager un don de sang, c’est précisément pour cette raison que l’argument de notre refus au don du sang sur la base de données épidémiologiques (qui au passage sont des chiffres très discutables) est injustifié : à quoi cela sert-il de savoir combien de HSH (hommes ayant eu des relations sexuelles avec un autre homme) sont séropositifs vu qu’ils ne peuvent être candidats au don du sang ?
Je tiens à rappeler au passage que même si tous les lots sont testés (on appelle le donneur en cas de séropositivité d’un test sur une poche de sang), le don du sang n’est pas une occasion pour se faire dépister, il faut avoir fait le test bien avant et laisser passer la fenêtre sérologique (on donne une marge de quatre mois aux personne ayant eu une relation sexuelle avec non protégée chez les hétérosexuels) avant d’envisager de donner son sang : dans le questionnaire on trouve d’ailleurs la question « Pensez-vous avoir besoin vous-même d’un test de dépistage viral ? ».
Puis, est venu le temps où j’ai assumé mon homosexualité. Quand le médecin m’a demandé si j’avais une partenaire sexuelle récente, je lui ai répondu d’un air ostensiblement désespéré (pour la faire sourire) que non. Par réflexe j’ai alourdi ma réponse en la ponctuant d’un « Ah bah ça non alors, aucun partenaire ! ». Le médecin a répété mon commentaire : « Aucun partenaire ? ». J’ai préféré faire mine de ne pas comprendre la situation et de faire croire à un dialogue de sourds pour noyer le poisson, la suite on la connaît puisque cela ne m’a pas empêché de donner mon sang. J’ai depuis lors réalisé que je ne pourrais plus me permettre ce genre de remarque tant que je serai dans les locaux de l’EFS.
Donner son sang à plusieurs est une expérience fabuleuse que je conseille à tous, c’est un moment de convivialité agréable où on peut discuter de tout et de rien (moi qui adore les potins) pendant le prélèvement : cela m’arrive d’ailleurs de donner mon sang avec mon meilleur ami qui lui aussi est gay. Il faut juste faire attention à ne pas faire référence à notre homosexualité dans nos discussions tant qu’on est dans les locaux de l’EFS, exercice difficile s’il en est car je me souviens d’une fois où j’ai failli sortir des phrases du style « Ah oui lui ? Ah oui je l’ai embrassé à la dernière soirée, il embrasse pas mal en plus ! »… Oui, je sais, par définition les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) ne se transmettent pas par les baisers, mais avec l’EFS on est jamais trop prudent, je ne veux pas me faire rayer définitivement de leurs fichiers.
À part ça l’environnement est très agréable, les équipes médicales et paramédicales de l’EFS sont chaleureuseuses et accueillent toujours avec plaisir les donneurs réguliers. Poux ceux qui n’aiment pas trop les aiguilles et le sang, sachez que l’aiguille n’est pas si douloureuse (ça fait un petit picotement quand on pose l’aiguille, sinon c’est indolore) et qu’après sa pose on peut vous couvrir le bras si vous ne supportez pas la vue des aiguilles.
Je mens délibérément à l’EFS et j’en ai pleinement conscience. Je comprends par la même que cette interdiction crée une certaine frustration chez les HSH qui du coup se refusent à mentir et donner malgré tout leur sang. Je pense pas me tromper en disant que ce qui compte pour un médecin avant toute chose c’est la vie humaine et sa préservation, non ? (« Le respect de la vie humaine est un principe fondamental non seulement de la médecine, mais de notre civilisation »2). Pour donner un exemple simple pour imager ma pensée, pour apporter des soins à un enfant il faut le consentement libre et éclairé des parents. Bien évidemment, si la vie de l’enfant est en danger et que les parents ne peuvent ou ne veulent pas prendre la décision d’autoriser les soins (urgence vitale, parent injoignables, refus des parents, sectes…), le médecin peut passer outre cette obligation de consentement pour sauvegarder la vie de l’enfant3. À mon échelle je n’irai pas jusqu’à dire que je sauve la veuve et l’orphelin à chaque fois que je donne mon sang, mais dans le même ordre d’idée je m’estime en droit de passer outre mon interdiction de donner mon sang si la poche de sang que je fournis permet de soigner un malade et de préserverla Vie. Quandon y pense, si je mens à l’EFS c’est pour mieux les aider. De toutes façons question mensonge je ne suis plus à ça près vu que pour mon homosexualité je mens déjà à ma famille, à mes amis et à mon boulot. Bien évidemment, le but de mon témoignage n’est pas d’inciter les HSH à transgresser cet arrêté ministériel en donnant leur sang : je veux juste expliquer les raisons qui me poussent à braver cette interdiction..
Interdire aux HSH le don du sang n’empêchera jamais les HSH de donner leur sang, c’est une mesure complètement absurde, injuste et insultante. Je tiens aussi à souligner qu’un homme qui se définit comme complètement hétérosexuel mais qui a déjà eu une expérience sexuelle avec un autre homme devrait être concerné par cette interdiction, bon en gros si t’as déjà passé une nuit coincé dans une tente à jouer à touche-pipi avec ton compagnon de randonnée tu ne devrais pas donner ton sang : je pense que parmi ces hommes beaucoup donnent quand même leur sang.
En plus d’être gay, je suis originaire d’Afrique subsaharienne et de l’Outre-Mer (oui, je sais, un épidémiologiste me dirait sûrement que décidément je cumule les tares) mais je suis né et j’ai grandi ici, à Paris. Dans le même ordre d’idées, je trouverais complètement absurde d’interdire à toute personne d’origine subsaharienne ou d’Outre-Mer le don du sang si cette personne est née et vit en France Métropolitaine depuis sa tendre enfance sous prétexte que ce sont des régions du monde où le VIH fait des ravages. Toute ma famille est née dans ces régions-là, à leur arrivée en France métropolitaine si leur sérologie est négative il n’y a aucune raison de leur imposer une contre-indication permanente au don du sang.
Comme énormément de gays (je suis loin d’être le seul à plaindre) j’ai eu énormément de mal à accepter qui je suis, mais maintenant que j’essaye d’y arriver du mieux que je peux je vivrais vraiment très mal un refus du don du sang, c’est peut-être aussi une des raisons qui font que je préfère mentir. Si on me disait non, cela me renverrait à ma condition, et là je ne suis pas prêt à un retour à la case placard…
À chaque fois que la population à risque que je suis donne mon sang, c’est drôle parce que je ne peux m’empêcher de penser à Nora Berra (“L'homosexualité est un facteur de risque pour le VIH”) et ça me fait sourire à chaque fois que je vois l’écran de contrôle qui indique où en est mon prélèvement.
Au vu de ma taille et de mon poids, je donne à chaque prélèvement 500 mL (l’organisme compense rapidement cette perte). Faisons un peu de mathématiques : l’EFS va-t-il vraiment se priver de 6 * 0,500 = 3L de sang, de globules rouges, de globules blancs, de plaquettes, de plasma, d’anticorps, par an ? Je suis O positif, cela veut dire que je peux donner mon sang à toute personne dont le Rhésus est positif (O+, A+, B+, AB+), sachant que 85% des Français font partie du groupe Rhésus positif.
Cela fait plusieurs semaines sue l’EFS va aller pleurer partout en disant que ses stocks sont trop bas. Pourquoi ne pas faire appel aux HSH français qui pourraient faire offices de sauveurs au lieu d’aller acheter du sang étranger dans des pays où justement le don du sang n’est pas interdit aux HSH ? (Drôle de paradoxe justement souligné par @cat lors d’une discussion récente !).
1 -Arrêté du 12 janvier 2009 fixant les critères de sélection des donneurs de sang – ORF n°0015 du 18 janvier 2009 page 1067 – texte n° 23 – Roseline BACHELOT-NARQUIN sur Légifrance
2- Article 2 du code de déontologie médicale sur le site du Conseil national de l’ordre des médecins : Article 2
3- Article 36 du code de déontologie médicale sur le site du Conseil national de l’ordre des médecins : Article 36
19:13 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : don du sang, témoignage

























