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25.01.2012

"Mon orientation m'empêche d'être utile aux autres", témoignage d'une lesbienne refusée du don du sang

Il n’y a pas que les hommes qui se font refouler en raison de leur homosexualité. Je ne sais pas si je suis un cas rare mais en tout cas je ne suis pas un cas unique car cette « mésaventure » est arrivée à d’autres amies.

Je suis d’un groupe sanguin assez rare (A-) et sensibilisée tôt à l’importance du don du sang, dès la première collecte organisée sur mon lieu d’étude une fois mes 18 ans passés, je me suis précipitée.

L’accueil par le médecin a été franchement glacial : est-ce les tatouages ? Je ne le saurais jamais.

Je suis reçue par un médecin et l’interrogatoire commence. La fameuse question arrive « avez-vous eu des relations homosexuelles ? » et ma réponse fuse « oui ». Le médecin s’arrête d’écrire, lève la tête et me dit « dans ce cas, vous ne pouvez pas donner votre sang, vous pourrez retourner à vos études ! » Interloquée, je lui demande la raison de ce refus, et me vois répondre qu’en tant que médecin, il n’a pas de justifications à me donner, que les critères de sélections sont très complexes et que je ne peux pas en comprendre la subtilité. J’insiste en lui demandant si cela est lié à mon homosexualité et il me répète que les critères de sélection sont très complexes.

Je sors complètement sonnée, avec l’impression d’avoir été victime de la première vraie discrimination homophobe de ma vie adulte. Je m’en vais un gout amer dans la bouche et malgré moi … j’ai honte ! Oui, par un retournement psychique, je prends la honte à mon compte. J’ai eu la chance d’avoir des parents pour qui mon homosexualité n’a jamais été problème, j’ai bien subi quelques réflexions haineuses dans mon lycée de banlieue mais j’ai toujours eu autour de moi le soutien d’amis voire de profs qui osaient des parallèles entre homophobie et racisme (thème porteur dans un lycée de ZEP).

Et là en sortant de ce camion, J’AI HONTE. L’autorité médicale au nom d’un savoir inconnu m’estime moins « bonne » que d’autres à donner mon sang. Mon orientation sexuelle m’empêche d’être utile aux autres… Ils auraient dû avoir honte, mais j’ai honte et je ne parlerai à personne de ce rejet (même pas à mon amie de l’époque).

6 mois plus tard, une autre collecte est organisée. Comme je suis têtue, je me présente à nouveau… et là aucun problème ! Je réponds aux questions, je donne mon sang, je mange ma collation dans la bonne humeur avec l’équipe et je ressors du car avec la conviction que je suis tombée la 1ère fois sur un médecin homophobe.

Je reçois ma carte de donneur avec fierté. Je redonne mon sang dans un autre cadre et là le médecin me parle du don de plaquettes (très important dans mon cas en raison de mon groupe rare). Il m’explique les besoins vitaux en plaquettes, la procédure (aller à l’hôpital, prévoir une demi-journée, etc.).

Quelques mois plus tard, je bloque un après-midi et je me rends dans un grand CHU du centre de Paris. Je me présente et je rencontre un médecin pour un interrogatoire. Et là, bang, un coup de massue derrière la tête, je suis de nouveau refusée quand arrive la question des rapports homosexuels. Je ne comprends pas, j’essaie de discuter, d’avoir des informations… « Nous ne pouvons prendre aucun risque » Mais quels risques ? Je suis en couple de façon stable, j’ai donné mon sang, il y a 6 mois sans problème ! Je me heurte à un mur.

Cette fois je repars furieuse, je déchire ma carte de donneur dans la rue et me dis qu’entre mentir et ne plus donner mon sang, je choisis la seconde option. J’ai 21 ans et je ne donnerai plus mon sang.

A 25 ans, suite à un grave accident de la route, je serai à mon tour transfusée, ce qui m’exclut de fait de la liste des donneurs potentiels. Je n’ai plus à me poser la question mais je garde une blessure réelle de ces refus : citoyenne de seconde zone interdite de mariage, d’adoption et … de don du sang.

"On se moque pas mal de savoir qui a donné son sang", témoignage de Céline

Mon témoignage sera court, car je ne rentrerai pas dans les détails cruels ou morbides qui font s'apitoyer.
Ma mère a résisté comme elle a pu à la maladie. C'est long de résister. C'est épuisant de résister. Et pour l'entourage, c'est désespérant de résister. À un certain point, une transfusion contribue à cette résistance.
Alors lorsqu'on assiste à tout ça, avec toute l'impuissance du monde, et qu'on vous dit : une transfusion, ça va l'aider et lui faire du bien... On se moque pas mal de savoir qui a donné son sang. Un homosexuel, une vierge, un jeune, un quinquagénaire, un obsédé sexuel, un moine, un Noir, un Blanc, un homme, une femme, un imbécile ou un polytechnicien, un fumeur, un végétarien, quelqu'un qui aime ses enfants ou quelqu'un qui les méprise... Tout ce qu'on sait, tout ce qu'on comprend, c'est que du sang sain, "ça va l'aider et lui faire du bien..."

Le don du sang, pour elle, pour moi, ç'a été un don de temps. Un peu plus de temps ensemble. On avait encore tant de choses à se dire. Le temps nous a été précieux.

Céline.

"Un sang pareil au mien", témoignage de Canard Langlais

Sur son blog Les Aventures parisiennes de Canard Langlais, un volatile raconte son premier don du sang...

Alors que Canard Langlais se promenait le long du canal Saint-Martin par un samedi ensoleillé, accompagné d’un bon ami, Pigeon Lamoureux, il se trouva bec-à-bec avec une publicité pour le don du sang: « une urgence vitale, faites don de votre sang », pouvait-on lire sur le panneau publicitaire.

Lamoureux remarqua que Canard était sensible à la publicité. « Je suis allé donner mon sang il y a trrrrroois semaines, dit Lamoureux en roucoulant. J’aime bien pouvoirrrr me sentirrrrr utile de cette façon. Une piqûrrrrrre et en quelques minutes, tu as fait un bel acte pourrrrr sauver des vies… » Canard écoutait attentivement son ami et se dit que lui aussi pourrait aller donner son sang. Après tout, il aimerait pouvoir participer à cette bonne action et sauver des vies, non ?

C’est alors qu’il se rendit dans un centre de don du sang plus tard dans l’après-midi. A son arrivée, un médecin le reçut dans un cabinet d’une blancheur stérile.

- C’est gentil à vous d’être venu, très cher Canard…?
- Langlais, dit notre ami Canard honnête.
- Bien. Donner son sang se fait dans un cadre légal, comprenez-vous, lança le médecin en rejoignant son bureau.

Il s’assit et mit ses lunettes, ce qui lui conféra une autorité médicale encore plus forte.

- Êtes-vous de la famille des anatinae, Monsieur Langlais ? demanda le médecin sur un ton inquisiteur.
- Oui, tout à fait, répondit Canard naïf.
- Mmmh, fit le médecin le regard réprobateur. N’êtes-vous donc pas au courant de la loi, Monsieur ? Dans quel monde vivez-vous ?

Canard était décontenancé. Il venait faire don de son sang et voilà qu’on lui parlait de la loi. Canard prit peur. Etait-il hors-la-loi ? Le médecin continua quelque peu arrogant sur un ton académique :

- Monsieur, je suis au regret de vous apprendre que vous n’êtes pas autorisé à donner votre sang dans le cadre légal en vigueur dans ce pays. La grippe aviaire étant statistiquement plus fréquente chez les canards – en particulier les canards des champs -, tout don du sang d’anatinae est proscrit jusqu’à nouvel ordre. Vous me voyez là désolé de devoir décliner votre offre de sang.
- Mais enfin, Docteur, comprenez que je n’ai pas la grippe aviaire. De plus, je suis un canard des villes.
- Là n’est pas la question.
- Pourquoi interdire à tous les anatinaes le don ?
- Voyez avec le gouvernement.
- Pourquoi…

Le médecin interrompit Canard:

- Vous perdez votre temps, Monsieur. Et en perdant le vôtre, vous me faites perdre le mien. Je vous remercie de votre visite. Le refus ne ternit en rien la vertu de votre action.

Puis le médecin quitta le bureau, laissant Canard coi.

Canard se sentit mal. Comment se pouvait-il qu’une loi si absurde, comment dire… abjecte, puisse avoir été votée ?!? En quittant le centre de don, il se promena triste dans les rues de Paris. Sur le chemin, les passants le regardaient. L’observaient-ils, lui le canard, l’anatinae, le proscrit de donner son sang ? Allaient-ils le démasquer, l’exclure de la société pour le fait d’être un anatinae ?

Canard s’assit dans le fond d’un café aux murs sombres, ne sachant plus que faire. Fallait-il qu’il se cache ? Fallait-il au contraire qu’il s’affiche et lutte contre cette discrimination ?… Tiens, tiens, tiens… discrimination. Le mot lui vînt naturellement à l’esprit. En effet: il s’agissait bien là d’une discrimination.

 
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